Tonton Lulu est trilingue. Non pas que ce soit
foncièrement important, mais il vaut mieux le savoir lorsqu’on commence à boire
avec lui. Dans la bouche du commun des mortels, s’enflammer dans une langue
étrangère sonne faux. Si vous avez déjà entendu une minette fan de Pete
Doherty/Amy Winehouse/Rihanna s’exclamer « What the fuck » avec un
accent que renierait un canard addict au kérosène, vous savez de quoi je parle.
Quand Tonton Lulu s’égosille « For fuck’s sake ! », en fermant les
yeux tu te croirais dans les tribunes d’Anfield durant les arrêts de jeux d’un
Liverpool – Manchester United. De même, ses « chinga tu madre, cabrón »
fleurent bon la tequila frelatée.
Quand je lui ai dit que Laurent Garnier sortait 5
maxis sur différent labels en ce début
d’année, il fut assez surpris. « Il existe encore ? J’ai rien entendu
de lui depuis des années. Et ses derniers morceaux, c’étaient pas de
l’électro-jazz de branleur ? ». Pas sa tasse donc, le Laurent Garnier
post 2010. Pourtant, il ne peut réfréner un sonore « Come on ! »
dès l’intro de Bang (the underground doesn’t stop),
suivi d’un approbateur «Back to the roots !». C’est vrai que mister
Garnier a opéré un véritable retour à ses sources house de Détroit avec ce maxi
sur le label chicagoan Still Music.
Mieux, la face B tordue Boom (Chakolak) enflamme
littéralement un Tonton Lulu maintenant debout.
« Cacolac ?
Comme la boisson ? ». Avouant mon inculture, il hurle
« On a du Cacolac ? » à ma pauvre tante, couvrant les basses
vertigineuses de son soundsystem. Pas de cacolac en stock, mais un petit cognac
fera l’affaire.
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